L’internet mobile et l’avenir des publications numériques. Interview de Mark Surman (Mozilla Foundation)

03/11/2015 / Matthieu Joulin

Cela ne fait aucun doute : l’internet mobile peut contribuer à réduire la fracture numérique. Les progrès accomplis dans ce domaine permettent ainsi à de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine d’accéder plus facilement au web. Mais où en est-on en matière de création et de participation ? Comment développer un internet mobile et libre au sein duquel les utilisateurs locaux pourraient être des protagonistes réels et non des consommateurs passifs ? Afin d’aborder ces questions déterminantes pour le monde de l’édition, nous avons rencontré Mark Surman, directeur exécutif de la Mozilla Foundation.

1. L’internet mobile révolutionne à l’heure actuelle la façon dont le monde en développement accède au contenu numérique. En quoi ce phénomène va-t-il se répercuter sur les centaines de millions d’habitants des pays du Sud, non seulement en matière d’accès à Internet, mais aussi de créativité ?

L’internet mobile permet à des milliards d’utilisateurs nouveaux de se connecter ; d’ici 2025, on comptera cinq milliards d’individus en ligne, dont beaucoup le seront exclusivement via leur smartphone. Mais l’accessibilité à elle seule ne suffit pas. Il faut en effet associer accès et éducation à l’internet pour que ce dernier ait un effet positif sur la vie des populations en développement. Lorsque ces utilisateurs sauront créer du contenu local dans leur propre langue, comme des pages web ou des applications, cela ouvrira des perspectives sociales et économiques colossales.

Mark Surman (CC Joi Ito, Flickr)

2. Un grand nombre de fondations internationales soutiennent les initiatives destinées à faciliter l’accès aux publications numériques dans les pays aux ressources limitées, que ce soit à travers la connectivité gratuite (Internet.org), le don de livres électroniques (Worldreader) ou les services non facturés (Wikipedia Zero). Que pensez-vous de ce type d’initiatives ?

Leurs intentions sont le plus souvent louables, mais, une fois encore, à la Mozilla Foundation, nous estimons que l’accès au web doit s’accompagner d’une éducation à l’internet et d’outils ouverts qui incitent à la créativité et à la participation. C’est ainsi que les nouveaux utilisateurs pourront gagner en autonomie.

3. Dans un récent article, vous considériez que le contenu local est un indicateur fiable de la santé de l’écosystème numérique d’un pays. Comment pourrait-on encourager la production de publications numériques locales dans les pays en développement ?

Nous devons tout d’abord développer le web ouvert dans ces pays. Nombreux sont les gens qui pensent que l’internet se limite à Facebook, or cela les enferme dans un système où ils doivent respecter certaines règles du jeu. Pourtant, lorsque l’on parvient à briser les monopoles numériques, chacun peut établir ses propres règles en ligne et s’affranchir de celles d’une poignée de sociétés. Et là, tout devient possible.

On peut également stimuler la production de publications numériques locales en déployant des outils d’aide à la création indépendants et ouverts. Lorsqu’ils sont intuitifs, ces outils permettent aux utilisateurs de créer du contenu en quelques minutes, y compris quand ces derniers n’ont aucune compétence en matière de codage. Il est également important que ces outils puissent être utilisés dans une large palette de langues, comme le bengali, le swahili et l’hindi, entre autres.

4. Quels sont les principaux projets de la Mozilla Foundation dans les pays en développement ?

Nous avons lancé Webmaker, l’été dernier, une plateforme de création de contenu gratuite, ouverte et mobile, qui permet aux utilisateurs de développer (et de partager) des applications, des pages Internet et d’autres médias en quelques minutes. Cette plateforme est très simple à utiliser : les personnes se servant d’un smartphone pour la première fois peuvent elles aussi inventer du contenu. Elle est en outre disponible dans plusieurs langues.
Nous développons également notre réseau éducatif afin d’y inclure les Mozilla Clubs, grâce auxquels de petits groupes de spécialistes et de novices peuvent se réunir partout dans le monde pour échanger et contribuer au développement du web. Les détails concernant ces clubs ainsi que nos autres initiatives en matière d’éducation à l’internet figurent à l’adresse suivante : https://teach.mozilla.org/.

5. Depuis la naissance d’Internet (en particulier sous sa forme mobile), de profonds changements ont marqué l’industrie du livre. Comment voyez-vous l’avenir de ce secteur au niveau mondial à la lumière de votre connaissance de l’univers d’Internet ?

L’édition se démocratise de plus en plus et cette tendance va se poursuivre. De nouveaux utilisateurs se connectent par milliards et découvrent l’internet ouvert. Cela signifie que quantité d’auteurs nouveaux disposent désormais d’une plateforme et d’un public pour transmettre ce qu’ils ont à dire.

Matthieu Joulin

A propos de l'auteur

Matthieu Joulin a d’abord obtenu un Master Langues, littératures et civilisations hispano-américaines à Bordeaux, et s’est ensuite dirigé vers l’édition, obtenant un Master Commercialisation du livre à Paris 13-Villetaneuse. Après une expérience en librairie et un long séjour dans une maison d’édition en Argentine, il a rejoint l’équipe de l'Alliance internationale des éditeurs indépendants en 2011 ; il y coordonne les projets numériques pour le Labo numérique et anime les réseaux hispanophone et lusophone de l’Alliance.

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